Quatre poèmes

Quatre Poèmes

The following poems are the French versions by Angelina Raffalli of ‘Pliegues’, ‘Ese armario…’, ‘Esta guerra que no termina.’, and ‘Fábula’, originally written in Spanish by Maria Lorente Becerra. Read the originals on Issue Zero of LONGITŪDINĒS.

Plis

je n’ai jamais rien su de mon corps

c’était un essaim de fables de racines qui s’étiraient

sur des collines vides semblables au ciel et au tonnerre

un délire rêvé par ceux qui avaient besoin de me rêver. moi, je vis là-bas dans

la musique dans les plis d’une lumière qui s’ouvre et qui se ferme.

Cette armoire…

Elle a reçu les cendres de son père.
Elle les a reçues alors qu’il était encore vivant.
Ce fut plutôt un acompte,
une mise-en-garde.
L’homme qui les lui a données
lui a dit que ça devait être l’amour
parce que la boite pesait lourd.
L’on mourait autrefois dans un champ ouvert
protégé par le soleil
et les fleurs se hérissaient
comme des lueurs épuisées
de sentir un corps nouveau
au-dedans de leur ventre.

Cela s’est passé dans une armoire de deux mètres
une vieille armoire,
légère,
sans corps.

Elle s’est planté un poignard
dans le coeur.

Le temps a giclé sur les jeans,
les albums de famille,
les promesses tenues.

Le sang a inondé les rues de Cali.
les enfants ont sauté heureux
dans les bourbiers
sans demander pourquoi
l’eau était épaisse et rouge.
Dans le ciel les trompettes n’ont pas sonné
les anges n’ont pas assisté
la police
ni les voisins
un cri a noué la maison
dans une étreinte asphyxiante.

Elle s’est planté un poignard dans le coeur
et personne ne chanta sa mort.

La mère a entendu le hurlement
pensé que c’était le chien.
Est montée dans la chambre
a regardé l’armoire
la porte fermée
à double tour.
Le sang a fait irruption
sur sa robe blanche.
Et la porte
est restée fermée 33 jours.
Jours nécessaires
pour que toute la maison
restât imprégnée de fleurs.

Cette guerre qui n’en finit pas.

Ils s’évanouissent et tombent ils ne sont que cela un précipice de miracles qui frappent aux fenêtres le jour n’est pas triste malgré l’opacité nous connaissons déjà les secrets nous les dépeçons chaque matin en actions méthodiques nous savons qu’un oeuf n’est pas un oeuf ni même une vie qui ne sera plus c’est la possibilité infinie de jouer avec la mort et l’épiphanie. J’ai ouvert le frigidaire. Sa porte aussi pourrait être habitée par de la mousse brillante, une mangeoire infinie et une enfant qui réinvente une mythologie. Tout ce qui devient quotidien nous ignore. J’ai récupéré un oeuf pour le faire bouillir. L’eau a entouré la maison et, d’un coup, un crépitement de mitraillettes a fracassé la rue. Je n’ai pas voulu le casser. Ma mère avait l’habitude de cuire les oeufs durs. Elle les appelait astres et petites lunes dont nous faisions des réserves pour nous sentir plus près du ciel. Puis elle les écalait comme on ouvre une fleur. Il fallait seulement les manger pour s’assurer que c’était bien vrai. Ça m’a fait peur, à moi, peut-être à cause des mitraillettes, des morts possibles, je ne sais pas. J’ai passé trois jours d’insomnie et une balle a explosé l’oeuf. Dedans, il n’y avait rien.
L’important, c’est que je continue à me souvenir que je suis immensément heureuse.

Fable

Puisque vous me voulez sincère je vais vous dire un secret
Mais, s’il vous plaît, n’allez le raconter à personne
J’ai créé de mes mains un papillon de papier
Et il a volé.

Angelina Raffalli (translator)

Angelina Raffalli is a student at the Ecole Normale Supérieure of Paris. After two degrees (one in French literature, the other in Spanish language and literature), she is currently pursuing her masters of literature at the Sorbonne-Nouvelle, focusing on the work of French poet Andrée Chedid. Particularly interested in poetry and translation, she has contributed to the translation of 'Body Clock', a poem recollection by Eleni Sikelianos (Vacarme review, n°20). Before doing a PhD, she is planning to study a year abroad hoping to find inspiration for her own poetry.

Maria Lorente Becerra

Maria Lorente Becerra is a poet, writer, and filmmaker from Barcelona. She graduated in Philosophy from the University of Barcelona and has written stories and screenplays for cinema and theatre which she has later produced and directed. She helped organise the successful first UtopiaMarkets in Poetry celebrated in Barcelona. Her first poetry collection, Es magia lo que ves, was published by EspasaEsPoesía in 2019. Her work has also appeared in the anthologies In-versa: nueva expresión de mujeres poetas (In-Verso), El libro rojo: vol.9, and 52 semanas (Entropía ediciones). She is currently working on her second collection of poetry and on experimental cinema projects.